Les difficultés des mécanismes de promotion des investissements au Burundi : analyse et perspectives

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Depuis plusieurs décennies, le Burundi s’efforce de renforcer l’attractivité de son environnement économique.

Les différentes réformes légales, notamment les Codes des investissements de 2008 puis de 2021, témoignent de la volonté du législateur d’instaurer un climat favorable aux investisseurs nationaux et étrangers.

Cependant, malgré les avancées enregistrées, plusieurs contraintes continuent d’entraver l’efficacité des mécanismes de promotion des investissements.

Cette analyse met en évidence les principales difficultés observées ainsi que les pistes d’amélioration.

1. Un cadre juridique modernisé mais confronté à des limites opérationnelles

Les avancées des réformes légales

Le Code des investissements du Burundi, régulièrement révisé, a introduit plusieurs innovations visant à simplifier l’acte d’investir. Parmi celles-ci figurent :

  • La réduction des démarches administratives ;
  • L’instauration d’un guichet unique via l’Agence de Développement du Burundi (ADB) ;
  • L’octroi d’avantages fiscaux et douaniers ;
  • Des garanties juridiques pour protéger les investisseurs contre les expropriations arbitraires ;
  • La possibilité de recourir à l’arbitrage en cas de litige.

Ces mesures constituent un socle important pour la formalisation et la sécurisation des investissements.

Des difficultés d’application

Bien que le cadre légal soit clairement établi, son applicabilité demeure limitée.

Les institutions chargées de sa mise en œuvre, notamment l’ADB et l’Office Burundais des Recettes (OBR), manquent parfois de moyens, de ressources humaines qualifiées ou d’outils modernes pour assurer un suivi optimal des entreprises agréées.

2. Le rôle central mais contraint des institutions d’appui à l’investissement

L’Agence de Développement du Burundi (ADB)

L’ADB joue un rôle essentiel dans l’enregistrement des investisseurs, l’analyse des dossiers et le suivi des engagements pris par les entreprises bénéficiant des avantages du Code des investissements.

Ce suivi contribue à réduire les risques de fraude fiscale et à garantir le respect des obligations légales.

Insuffisance des capacités institutionnelles

Malgré son importance stratégique, l’Agence fait face à plusieurs contraintes :

  • Effectifs limités ;
  • Insuffisance de formation technique spécialisée ;
  • Faible digitalisation des procédures ;
  • Manque d’outils d’analyse et de contrôle adaptés.

Ces insuffisances réduisent l’efficacité globale du dispositif de promotion des investissements.

3. Les obstacles structurels à l’attractivité économique

Enclavement géographique et coûts logistiques élevés

Le Burundi, pays sans littoral, dépend fortement des infrastructures régionales pour ses importations et exportations.

Cette situation augmente les coûts logistiques et réduit la compétitivité de ses entreprises.

Concurrence régionale au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est

Les États voisins disposent d’infrastructures plus développées, d’un marché intérieur plus vaste et de politiques d’investissement plus attractives.

Cette concurrence rend le Burundi moins attractif pour les investisseurs souhaitant s’implanter dans la région.

Insuffisance énergétique

Le déficit en électricité demeure un frein majeur au développement du secteur industriel et à l’implantation de nouvelles entreprises.

Faible disponibilité de main-d’œuvre qualifiée

La pénurie de personnel formé dans des secteurs stratégiques limite la capacité du pays à accueillir des investissements à forte valeur ajoutée.

4. Les limites des révisions successives du Code des investissements

Fréquence des réformes et instabilité perçue

Bien que motivées par des enjeux d’amélioration, les révisions répétées du Code peuvent être perçues comme une instabilité juridique.

Une législation qui change trop souvent peut dissuader les investisseurs à long terme, désireux d’un cadre réglementaire stable et prévisible.

Une législation encore peu adaptée aux petites et moyennes entreprises

Les PME, pourtant essentielles au tissu économique national, restent parfois exclues des avantages prévus par les Codes successifs, ce qui réduit leur capacité de croissance et d’intégration dans les chaînes de valeur nationales et régionales.

5. Les facteurs extra-juridiques influençant la décision d’investir

Au-delà du cadre légal, plusieurs paramètres déterminent l’attractivité d’un pays :

  • Stabilité politique et sécurité intérieure ;
  • Fiabilité des infrastructures de transport et d’énergie ;
  • Contexte macroéconomique ;
  • Transparence administrative ;
  • Perception internationale et climat des affaires.

Ces facteurs jouent un rôle déterminant dans la décision d’investir, parfois plus que les incitations juridiques elles-mêmes.

6. Recommandations pour renforcer l’efficacité des mécanismes de promotion des investissements

Recommandations au législateur

  • Mettre en place un cadre légal de concurrence afin de protéger les consommateurs et prévenir les abus de position dominante.
  • Harmoniser les lois burundaises avec les normes régionales de l’EAC.
  • Simplifier davantage la fiscalité des entreprises et des investissements.
  • Réformer les mécanismes de transfert des capitaux et clarifier les incitations financières.
  • Élaborer des textes d’application plus détaillés pour garantir une meilleure compréhension et une mise en œuvre uniforme.

Recommandations au gouvernement

  • Renforcer la stabilité politique et sécuritaire, facteur déterminant pour rassurer les investisseurs externes.
  • Moderniser les infrastructures prioritaires, notamment le réseau électrique et les voies de transport.
  • Accroître les capacités humaines et technologiques de l’ADB.
  • Soutenir davantage les PME dans leur accès aux avantages du Code des investissements.
  • Promouvoir un climat des affaires transparent et prévisible.

Conclusion

Le Burundi a engagé d’importantes réformes pour améliorer son attractivité économique. Toutefois, la pleine efficacité de ces mécanismes nécessite une amélioration continue des capacités institutionnelles, des infrastructures, de la stabilité juridique et du climat des affaires.

Une approche intégrée, combinant réformes structurelles, renforcement institutionnel et amélioration de l’environnement macroéconomique, constitue la voie la plus efficace pour attirer des investissements durables et contribuer à la croissance économique du pays.

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